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Citations

Sylvain Tesson, dans les forêts de Sibérie

#1

Ces journées interminables passèrent vite. Je songeais en quittant mon ami : voilà la vie qu’il me faut. Il suffisait de demander à l’immobilité ce que le voyage ne m’apportait plus, la paix. Je me fis alors le serment de vivre plusieurs mois en cabane, seul. Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus cher que l’or. Sur une terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’El Dorado.

#2

La vie dans les bois permet de régler sa dette. Nous respirons, mangeons des fruits, cueillons des fleurs, nous baignons dans l’eau de la rivière. Et puis un jour nous mourons sans payer l’addition à la planète. L’existence est une grivèlerie. L’idéal serait de traverser la vie tel le gnome scandinave qui court la lande sans laisser de traces sur les bruyères. Il faudrait ériger le conseil de Baden Powell en principe : lorsqu’on quitte un lieu de bivouac prendre soin de laisser deux choses. Premièrement : rien. Deuxièmement : ses remerciements. L’essentiel, ne pas peser trop à la surface du globe. Enfermé dans son cube de rondins, l’ermite ne souille pas la terre. Au seuil de son isba il regarde les saisons danser la gigue de l’éternel retour. Privé de machine, il entretient son corps. Coupé de toute communication, il déchiffre la langue des arbres. Libéré de la télévision, il découvre qu’une fenêtre est plus transparente qu’un écran. Sa cabane égaie la rive et pourvoit au confort. Un jour on est las de parler de décroissance et d’amour de la nature, l’envie nous prend d’aligner nos actes et nos idées. Il est temps de quitter la ville et de tirer sur les discours le rideau des forets.

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Image par jacqueline macou de Pixabay

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Mythologie

Le bâteau de Thésée

Dans Wilipédia : La légende du bateau de Thésée est évoquée par Plutarque dans Vies des hommes illustresThésée serait parti d’Athènes combattre le Minotaure. À son retour, vainqueur, son bateau aurait été préservé par les Athéniens : ils retiraient les planches usées et les remplaçaient — de sorte que le bateau resplendissait encore des siècles plus tard — jusqu’au point où il ne restait plus aucune planche d’origine. Deux points de vue s’opposèrent alors : les uns disaient que ce bateau était le même, les autres que l’entretien en avait fait un tout autre bateau.

« Le navire à trente rames sur lequel Thésée s’était embarqué avec les jeunes enfants, et qui le ramena heureusement à Athènes, fut conservé par les Athéniens jusqu’au temps de Démétrius de Phalère. Ils en ôtaient les pièces de bois, à mesure qu’elles vieillissaient, et ils les remplaçaient par des pièces neuves, solidement enchâssées. Aussi les philosophes, dans leurs disputes sur la nature des choses qui s’augmentent, citent-ils ce navire comme un exemple de doute, et soutiennent-ils, les uns qu’il reste le même, les autres qu’il ne reste pas le même. »

Plutarque, Vies des hommes illustres

Illustration : Vaisseau le Thésée sombrant pendant la bataille de Quiberon, en 1759. Détail d’un tableau de Richard Paton.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Vaisseau_le_Thesee_sombrant_%C3%A0_la_bataille_des_Cardinaux_1759.jpg

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Citations

Gnothi seauton

Expression en grec ancien, signifiant : Connais-toi toi-même. Traduit par Nosce te ipsum en latin.

La phrase de Socrate “Connais-toi toi-même” n’est pas exactement de lui, c’est une devise inscrite au frontispice du Temple de Delphes que Socrate reprend à son compte. Détails ici.

« […] J’irais presque jusqu’à dire que cette même chose, se connaître soi-même, est tempérance, d’accord en cela avec l’auteur de l’inscription de Delphes. Je m’imagine que cette inscription a été placée au fronton comme un salut du dieu aux arrivants, au lieu du salut ordinaire « réjouis-toi », comme si cette dernière formule n’était pas bonne et qu’on dût s’exhorter les uns les autres, non pas à se réjouir, mais à être sages. C’est ainsi que le dieu s’adresse à ceux qui entrent dans son temple, en des termes différents de ceux des hommes, et c’est ce que pensait, je crois, l’auteur de l’inscription à tout homme qui entre il dit en réalité : « Sois tempéré. » Mais il le dit, comme un devin, d’une façon un peu énigmatique ; car « Connais-toi toi-même » et « Sois tempéré », c’est la même chose, au dire de l’inscription et au mien. Mais on peut s’y tromper : c’est le cas, je crois, de ceux qui ont fait graver les inscriptions postérieures : « Rien de trop » et « Cautionner, c’est se ruiner. » »

Dans le Charmide, de Platon
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Bio

Tubal Caïn

Tsilla, de son côté, enfanta Tubal Caïn, qui forgeait tous les instruments d’airain et de fer. La soeur de Tubal Caïn était Naama.

La bible, chapitre 4, verset 22 du livre de la Genèse.

Dans certaines versions d’une légende médiévale, il a été tué par son père Lamech, après avoir provoqué la mort accidentelle de leur aïeul Caïn2.

Dans Wikipédia : fils de Lamech et de Tsillah, descendant de Caïn, il passe pour avoir inventé l’art de travailler le fer et l’airain.

Il est parfois rapproché au dieu Héphaïstos ou Vulcain3. On lui attribue l’invention de l’alchimie4.

À propos de Caïn, dans Wikipédia : Caïn est un personnage du Livre de la Genèse (qui est le premier livre des cinq qui composent ce que le judaïsme appelle Torah et le christianisme Pentateuque) et du Coran. Selon ces textes, Caïn, fils aîné d’Adam et Ève, tue son frère cadet Abel. Caïn est ainsi, pour le Livre saint, le premier meurtrier de l’humanité, que Dieu condamne ensuite à l’exil (dans le Pentateuque, la loi du talion intervient dans des livres venant après la Genèse). Le mythe de Caïn a donné lieu à de nombreuses interprétations, théologiques, mais aussi artistiques, psychanalytiques, anthropologiques, etc1.

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Citations

Notre-Dame de Paris, par Victor Hugo

Notre-Dame de Paris est en particulier un curieux échantillon de cette variété. Chaque face, chaque pierre du vénérable monument est une page non seulement de l’histoire du pays, mais encore de l’histoire de la science et de l’art. Ainsi, pour n’indiquer ici que les détails principaux, tandis que la petite Porte-Rouge atteint presque aux limites des délicatesses gothiques du quinzième siècle, les piliers de la nef, par leur volume et leur gravité, reculent jusqu’à l’abbaye carlovingienne de Saint-Germain-des-Prés. On croirait qu’il y a six siècles entre cette porte et ces piliers. Il n’est pas jusqu’aux hermétiques qui ne trouvent dans les symboles du grand portail un abrégé satisfaisant de leur science, dont l’église de Saint-Jacques-de-la-Boucherie était un hiéroglyphe si complet. Ainsi, l’abbaye romane, l’église philosophale, l’art gothique, l’art saxon, le lourd pilier rond qui rappelle Grégoire VII, le symbolisme hermétique par lequel Nicolas Flamel préludait à Luther, l’unité papale, le schisme, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Jacques-de-la-Boucherie, tout est fondu, combiné, amalgamé dans Notre-Dame. Cette église centrale et génératrice est parmi les vieilles églises de Paris une sorte de chimère ; elle a la tête de l’une, les membres de celle-là, la croupe de l’autre ; quelque chose de toutes. »

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris

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Poésie

Poème Sur La 7ème, par Johnny Hallyday

Qui a couru sur cette plage ? 
Elle a dû être très belle 
Est-ce que son sable était blanc ? 
Est-ce qu'il y avait des fleurs jaunes 
Dans le creux de chaque dune ? 
J'aurais bien aimé toucher du sable 
Une seule fois, entre mes doigts 
Qui a nagé dans cette rivière ?
Vous prétendez qu'elle était fraîche 
Et descendait de la montagne ? 
Est-ce qu'il y avait des galets 
Dans le creux de chaque cascade ? 
J'aurais bien aimé plonger mon corps,
Une seule fois, dans une rivière 
Dîtes, ne me racontez pas d'histoires, 
Montrez-moi des photos pour voir
Si tout cela a vraiment existé 
Vous m'affirmez qu'il y avait du sable, 
Et de l'herbe, et des fleurs, et de l'eau, 
Et des pierres, et des arbres, et des oiseaux ? 
Allons ! Ne vous moquez pas de moi 
Qui a marché dans ce chemin ? 
Vous dîtes qu'il menait à une maison ? 
Et qu'il y avait des enfants qui jouaient autour ? 
Vous êtes sûrs que la photo n'est pas truquée ? 
Vous pouvez m'assurer que cela a vraiment existé ? 
Dîtes moi, allons ne me racontez plus d'histoires 
J'ai besoin de toucher et de voir pour y croire 
Vraiment ? C'est vrai ? Le sable était blanc ? 
Vraiment ? C'est vrai ? Il y avait des enfants, 
Des rivières, des chemins et des cailloux, des maisons ? 
C'est vrai ? Ça a vraiment existé ? 
Ça a vraiment existé ? 
Vraiment ?

Auteur : Philippe Labro
Compositeur : Eddie Vartan.

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Citations

Bucéphale, de Alain

Lorsqu’un petit enfant crie et ne veut pas être consolé, la nourrice fait souvent les plus ingénieuses suppositions concernant ce jeune caractère et ce qui lui plaît et déplaît ; appelant même l’hérédité au secours, elle reconnaît déjà le père dans le fils ; ces essais de psychologie se prolongent jusqu’à ce que la nourrice ait découvert l’épingle, cause réelle de tout. […] ne dites jamais que les hommes sont méchants ; ne dites jamais qu’ils ont tel caractère. Cherchez l’épingle.

À propos

Émile Chartier dit Alain, 8 décembre 1922, Propos sur le bonheur.

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Citations

Le dépouillement des métaux, de René Guénon

Guénon précise à ce sujet sur la disposition intérieure du postulant (1) : Il est évident que, de deux ignorants, celui qui se rend compte qu’il ne sait rien est dans une disposition beaucoup plus favorable à l’acquisition de la connaissance que celui qui croit savoir quelque chose : … même en admettant une égale bonne volonté chez les deux individus considérés il n’en reste pas moins, dans tous les cas, que l’un d’eux aurait tout d’abord à se débarrasser des idées fausses dont son mental est encombré tandis que l’autre serait tout au moins dispensé de ce travail préliminaire et négatif, qui représente un des sens de ce que l’initiation maçonnique désigne symboliquement comme le dépouillement des métaux.

À propos

(1) La symbolique maçonnique du troisième millénaire, Irène Mainguy.

Photo by Willian Justen de Vasconcellos on Unsplash.


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Citations

Exercice de méditation, de Christophe André

Lors d’une retraite de pleine conscience, je me souviens que notre instructeur nous avait proposé l’un de ces exercices bizarres dont les maîtres de méditation ont le secret. Il nous avait tous réunis en rond. Puis demandé de faire un pas en avant. Après quelques secondes de silence, il nous avait alors dit : « Et maintenant, essayez de ne pas avoir fait ce pas. » Je n’avais jamais entendu, ni surtout vécu quelque chose d’aussi frappant sur l’inanité de certains regrets. Et surtout, je n’avais jamais compris aussi clairement la différence entre l’enseignement par la parole et celui par l’expérience. Dans ma surprise et ma perplexité, dans l’hésitation et le trouble de mon esprit, dans mon corps qui ne savait plus que faire, tout était transmis sur l’impossibilité d’effacer et l’inutilité de regretter.

Je médite jour après jour, de Christophe André

À propos

Illustration Peter Hershey, https://unsplash.com/photos/tK67jI9G398

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Poésie

L’albatros, de Charles Baudelaire

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles Baudelaire, 1821 1867