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Poème Sur La 7ème, par Johnny Hallyday

Qui a couru sur cette plage ? 
Elle a dû être très belle 
Est-ce que son sable était blanc ? 
Est-ce qu'il y avait des fleurs jaunes 
Dans le creux de chaque dune ? 
J'aurais bien aimé toucher du sable 
Une seule fois, entre mes doigts 
Qui a nagé dans cette rivière ?
Vous prétendez qu'elle était fraîche 
Et descendait de la montagne ? 
Est-ce qu'il y avait des galets 
Dans le creux de chaque cascade ? 
J'aurais bien aimé plonger mon corps,
Une seule fois, dans une rivière 
Dîtes, ne me racontez pas d'histoires, 
Montrez-moi des photos pour voir
Si tout cela a vraiment existé 
Vous m'affirmez qu'il y avait du sable, 
Et de l'herbe, et des fleurs, et de l'eau, 
Et des pierres, et des arbres, et des oiseaux ? 
Allons ! Ne vous moquez pas de moi 
Qui a marché dans ce chemin ? 
Vous dîtes qu'il menait à une maison ? 
Et qu'il y avait des enfants qui jouaient autour ? 
Vous êtes sûrs que la photo n'est pas truquée ? 
Vous pouvez m'assurer que cela a vraiment existé ? 
Dîtes moi, allons ne me racontez plus d'histoires 
J'ai besoin de toucher et de voir pour y croire 
Vraiment ? C'est vrai ? Le sable était blanc ? 
Vraiment ? C'est vrai ? Il y avait des enfants, 
Des rivières, des chemins et des cailloux, des maisons ? 
C'est vrai ? Ça a vraiment existé ? 
Ça a vraiment existé ? 
Vraiment ?

Auteur : Philippe Labro
Compositeur : Eddie Vartan.

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L’albatros, de Charles Baudelaire

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Charles Baudelaire, 1821 1867

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Demain, dès l’aube… de Victor Hugo

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

À propos

Victor HUGO (1802 – 1885)

Photo by Fré Sonneveld on Unsplash

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Correspondances, de Charles Baudelaire

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

II est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
— Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

Charles Baudelaire
Charles Baudelaire

À propos

Charles Baudelaire

Photo Charles Baudelaire par Étienne Carjat vers 1862, Wikipedia

Photo by Paul Gilmore on Unsplash

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Si… Tu seras un homme, mon fils, de Rudyard Kipling

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

À propos

Célèbre poème “If-” de Rudyard Kipling (1909) traduit de l’anglais par André Maurois (1918). Voir ici.

Photo by Alex Guillaume on Unsplash